Visite chez Monsieur et Madame Nicolas Filatoff, à Paris. |
| Une très belle collection qui a débuté avec le samovar un peu rapiécé du grand-père, s’élargissant au fil des années passées et qui compte des samovars en cuivre, en laiton, en tombac et en doublé d’argent. Les plus grandes collections du monde se trouvent bien-sûr en Russie où certains exemplaires sont considérés comme patrimoine national avec interdiction de sortir du pays. Toutefois, Nicolas Filatoff possède toute une documentation, des catalogues et des photos et correspond parfois pour orienter ses propres recherches. En famille, lui, son épouse et leur fils s’entretiennent en russe, mais avec moi ils parlent en français et sont enchantés de l’intérêt présumé des lecteurs de la «Nouvelle Presse du Thé». |
Les Filatoff voient deux raisons capitales : d’abord l’hospitalité russe proposait du thé à toute heure de la journée, alors qu’ailleurs le thé était consommé soit le matin soit pour le «five o’clock» et puis le concept de cuisson était totalement différent dans la mesure où les cuisines russes n’étaient pas équipées de cuisinières qui permettaient de garder toujours un pot d’eau chaude sur le feu mais de fours : à l’intérieur les plats mijotaient dans les marmites et au dessus étaient aménagés des places pour dormir au chaud.
Les samovars apparaissent vers le milieu du XVIIIe siècle, la date déclarée étant l’année 1778, à Toula, une ville spécialisée dans la métallurgie à 180km au sud de Moscou où existe déjà une industrie d’armement avec une population importante d’ouvriers du métal. A la fin du XVIII siècle, la majorité des fabricants étaient des armuriers dont la production de samovars était de l’ordre de quelques centaines de pièces. Puis des gros marchands ont ouvert des fabriques dont la production atteignait plus de 1 000 «pud» ( 1 pud= 16 kg, ce qui correspond à 4-5 samovars suivant la taille). A partir des années 1830 Nicolas Malikoff était le fabricant le plus prisé. L’apogée de la production se situe entre 1840 et 1860, sous le règne du Tsar Nicolas Ier et le début du règne d’Alexandre II. C’est après que la fabrication s’est industrialisée et standardisée pour atteindre dans les années 1910 plus de 600 000 pièces par an.
Il est néanmoins certain que le thé était une denrée coûteuse et acheter un samovar n’était pas à la portée de tous, en sorte que l’on peut dire que ces objets servaient principalement dans les maisons bourgeoises, chez les citadins, chez les paysans aisés, les grandes maisons en ayant généralement plusieurs. Cela explique aussi que l’on trouve parfois des pièces réparées de tout part et vraiment rapiécées, parfois par un forgeron de village, ce qui revenait moins cher que d’en acheter un neuf.
Nicolas Filatoff commence par me montrer un samovar de voyage, qui se démontait complètement pour le transport ; il me montre ensuite les différents poinçons, estampillages et signatures des maîtres artisans, qui se trouvent parfois sur le socle, parfois sur la couronne, parfois sur le devant ventru. Par la couleur il est assez facile de reconnaître la matière mise en œuvre, et notamment le tombac : un alliage de cuivre à plus de 90% et de zinc, que l’on appelle «l’or du samovar» en Russie. Dans sa collection il y a aussi plusieurs pièces «en doublé», une technique pour souder une couche d’argent sur une plaque de cuivre, qui avait été mise au point dans les usines de Sheffield, en Angleterre.
Nicolas Filatoff m’explique qu’il cherche à monter sa collection en identifiant avec précision la date et l’origine des pièces ; il correspond avec d’autres collectionneurs et bien que ravi de l’intérêt que suscitent ces beaux objets traditionnels il regrette que les prix soient montés énormément ces dernières années. Cette situation le réconforte par ailleurs dans son projet de préparer un ouvrage en français sur l’histoire et l’art de la fabrication des samovars. | |
Ainsi il me montre des samovars à ventilation dans le bas : une rangée d’orifices sur le col dénote un usage en plaine, deux rangées d’orifices dénotent l’usage en altitude, où l’oxygène est plus rare, notamment dans les régions montagneuses du Caucase, de l’Iran ou de Turquie ; on trouve donc aussi des fabrications iraniennes et turques, copiées sur les samovars russes, parmi eux un artisan assez célèbre, Shemarin, fournisseur de la cour du Schah d’Iran.
| Tout à la fin j’ai même droit à un petit tour dans la cuisine où se trouvent encore de superbes pièces décorant table, cheminée et murs. C’est donc une vraie collection magnifique patiemment assemblée par ses propriétaires et qui la gardent dans leur appartement pour s’en réjouir au quotidien tout en mettant en place les préparatifs de l’écriture d’un ouvrage qui leur tient à cœur. |
Collection Mikhail Borchtchev : www.samovaroff.net/collection
Collection Andreï Lobanov : www.bestsamovars.ru
Si vous souhaitez contacter Nicolas Filatoff : odnodvorets.xviii@gmail.com
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